Miami, procès de Jovenel Moïse : révélations et accusations – Pierre Espérance livre une version sans filtre du dossier

Lors d’une interview accordée ce lundi 20 avril 2026 à Réalité Info, Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, a formulé des déclarations particulièrement délicates concernant le procès en cours aux États-Unis relatif à l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse. Ses accusations directes, ses soupçons de protections politiques et ses révélations inquiétantes pourraient avoir un impact significatif sur l’opinion publique haïtienne.
Parmi les informations les plus alarmantes, Pierre Espérance affirme que certains témoignages recueillis lors du procès à Miami, notamment celui de Martine Moïse, désignent clairement l’ancien président Michel Martelly comme étant impliqué dans la décision d’assassiner Jovenel Moïse. Cette déclaration, d’une gravité exceptionnelle, pourrait avoir des répercussions significatives sur le paysage politique haïtien si elle venait à être confirmée par les institutions judiciaires.
Un autre point central à souligner est le rôle de Joseph Félix Badio, que le RNDDH qualifie de l’un des principaux instigateurs du complot. Selon les indications fournies par l’enquête, il apparaît que Badio se trouvait dans la zone de Pèlerin au moment de l’assassinat. Par ailleurs, il a été localisé après les événements et entretenait des communications avec des membres de la chaîne de sécurité.Une déclaration surprenante qui, selon lui, reflète une prise de conscience du danger et de la gravité des enjeux liés à cette affaire.
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Il met également en avant que Badio aurait évolué librement en Haïti pendant une période prolongée, bénéficiant de protections présumées au sein des institutions étatiques, avant son arrestation tardive.
Le Défenseur des droits humains a rapporté un message audio diffusé en novembre 2022 par Joseph Félix Badio, dans lequel ce dernier déclarait que « des mouches se poseraient sur son cadavre et que des chiens le mangeraient ». Cette affirmation, étonnante, reflète, selon lui, une prise de conscience des dangers et de la gravité des enjeux associés à cette affaire.
L’interview met en exergue une controverse impliquant Mario Andrésol, qui a déclaré en janvier 2026, en particulier sur Radio Magik9, que Pierre Espérance aurait lui-même mentionné le nom de Badio dans le dossier.
Espérance rejette fermement ces déclarations et souligne que les informations concernant Badio proviennent uniquement des rapports de la police judiciaire et des actes d’instruction. Il affirme que le RNDDH ne formule pas d’accusations infondées et se base exclusivement sur des données vérifiées.
Le responsable du RNDDH souligne un aspect particulièrement préoccupant : en dépit de la présence de plusieurs unités spécialisées, comptant des dizaines d’agents, chargées de la sécurité présidentielle, le commando a réussi à infiltrer la résidence, à exécuter le président, puis à se retirer sans rencontrer de résistance.
Selon lui, cette situation renforce l’hypothèse de complicités internes au sein même des structures de sécurité.
Pierre Espérance met en lumière des transactions financières significatives, notamment des fonds débloqués juste avant l’assassinat, dont environ 3 millions de dollars américains liés au Palais national.
Il estime que ces montants insinuent la présence de commanditaires influents, dépassant de manière considérable les exécutants actuellement sous le coup de poursuites.
Il évoque l’attaque du Pénitencier national survenue en mars 2024, qui a conduit à l’évasion de plusieurs détenus, notamment ceux impliqués dans l’assassinat. Cet incident, qu’il impute à des complicités au sein des forces de l’ordre, a considérablement fragilisé le système judiciaire haïtien.
Plusieurs accusés, notamment des ressortissants étrangers et des acteurs clés de l’opération, ont consenti à collaborer avec la justice américaine. Leurs témoignages fournissent des informations cruciales concernant la planification et l’exécution du complot.
Cependant, certains accusés ont choisi de ne pas coopérer, ce qui complique davantage la compréhension globale de l’affaire.
Pierre Espérance émet des réserves quant à la gestion du dossier en Haïti. Il considère que certains juges n’étaient pas suffisamment formés et n’ont pas su tirer pleinement parti des rapports disponibles, en particulier ceux émanant de la police judiciaire et de l’instruction.
Il mentionne les audiences qui se dérouleront en Cour d’appel en 2025, suite aux recours déposés par certains prévenus. Il estime que ces audiences auraient permis de mieux clarifier les responsabilités, si le dossier avait été traité avec davantage de rigueur.
Le directeur exécutif du RNDDH indique qu’en avril 2026, le ministre de la Justice a sollicité une protection spéciale pour Joseph Félix Badio. Il considère cette décision comme tardive, estimant que les autorités auraient dû intervenir bien plus tôt, compte tenu des informations en leur possession.
Il soutient que Martine Moïse était au fait de l’existence de Badio et qu’elle aurait interrogé des autorités judiciaires à ce propos. Selon lui, ces éléments témoignent de la complexité et de la délicatesse de l’affaire.
Pierre Espérance mentionne également l’implication de divers acteurs, y compris John Joël Joseph, ainsi que d’autres figures civiles et religieuses, qui auraient pu jouer un rôle dans un projet de prise de pouvoir consécutif à l’assassinat.
Bien que des progrès aient été réalisés dans le cadre du procès, Pierre Espérance estime qu’une petite fraction de la vérité — environ 15 % — est à ce jour révélée. En l’absence d’une enquête approfondie sur les circuits financiers et les commanditaires, il est probable que les véritables auteurs intellectuels demeurent non identifiés.
Ces déclarations mettent en lumière l’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse comme un révélateur des profondes défaillances de l’État haïtien. Entre révélations compromettantes, accusations politiques et zones d’ombre persistantes, ce dossier continue de soulever émotion, indignation et de grandes attentes au sein de la population.


