Haïti – Transition : des acteurs favorables à la cour de cassation dénoncent le maintien au pouvoir du gouvernement et réclament une nouvelle transition

Lors d’une conférence de presse à Delmas, plusieurs personnalités politiques et de la société civile ont dénoncé le maintien au pouvoir du gouvernement après l’expiration de son mandat constitutionnel.
Delmas, 11 juin 2026.- À l’initiative de la Conférence des Acteurs Favorables à la Cour de cassation (AFCC), une conférence de presse s’est tenue ce jeudi 11 juin 2026 à Delmas. L’événement, annoncé dans une invitation adressée aux médias, visait à présenter la position de l’organisation face à la crise politique actuelle et à l’expiration du mandat constitutionnel issu de l’Accord du 3 avril.
Les organisateurs ont notamment dénoncé ce qu’ils qualifient de maintien illégal au pouvoir du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, tout en appelant à une mobilisation nationale pour la mise en place d’une nouvelle gouvernance politique.
Prenant la parole en premier, l’ancien sénateur Francisco De La Cruz a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation nationale. Selon lui, les autorités actuelles auraient dépassé le cadre légal de leur mandat et engagé le pays dans une série de décisions controversées.
L’ancien parlementaire a dénoncé ce qu’il considère comme une concentration du pouvoir entre les mains d’acteurs dépourvus de légitimité démocratique. Il a également critiqué plusieurs contrats attribués par l’administration actuelle, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’exploitation minière et de la construction d’infrastructures carcérales.
Francisco De La Cruz a affirmé que ces engagements financiers risqueraient de peser lourdement sur les finances publiques. Il a également évoqué des allégations de corruption et de mauvaise gestion, citant les faibles performances d’Haïti dans les classements internationaux relatifs à la transparence et à la gouvernance.
Abordant la situation sociale, il a souligné la détérioration des services publics, particulièrement dans le secteur de la santé, où plusieurs centres hospitaliers font face à d’importantes difficultés de fonctionnement.
L’ancien sénateur a enfin estimé que les conditions actuelles ne permettent ni l’organisation d’élections crédibles ni le rétablissement de la stabilité institutionnelle, appelant à une mobilisation citoyenne en faveur d’un changement politique.
Intervenant à son tour, l’ancien sénateur Dieupuy Chérubin a développé une argumentation axée sur la question de la légitimité institutionnelle.
Selon lui, l’Accord du 3 avril, qui constituait la base politique du pouvoir en place, est arrivé à échéance le 7 février 2026. À partir de cette date, a-t-il soutenu, les autorités auraient perdu leur fondement légal et politique.
Dieupuy Chérubin a rappelé que plusieurs responsables du pouvoir eux-mêmes avaient reconnu l’échec des objectifs fixés durant la transition. Il a notamment évoqué des déclarations attribuées au conseiller présidentiel Laurent Saint-Cyr concernant la nécessité de mettre en place une formule gouvernementale plus inclusive.
Pour l’ancien sénateur, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé exercerait désormais ses fonctions sans base légitime. Il a qualifié cette situation de « pouvoir de facto » et a estimé que les contrats majeurs signés après l’expiration du mandat politique pourraient faire l’objet de contestations juridiques.
M. Chérubin a également reproché aux autorités de ne pas avoir organisé les consultations politiques nécessaires pour parvenir à un consensus national capable de conduire le pays vers des élections.
Au-delà des critiques adressées au gouvernement, les intervenants ont lancé un appel aux forces politiques, aux organisations de la société civile et à la population afin qu’elles participent à la recherche d’une solution à la crise institutionnelle.
Les responsables de l’AFCC estiment que seule une transition politique fondée sur un large consensus national pourra permettre de rétablir la confiance, renforcer les institutions et créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles.
La conférence de presse s’inscrivait dans un contexte marqué par de vives tensions autour de la gouvernance du pays, de la sécurité nationale et du calendrier électoral.
À travers leurs interventions, Francisco De La Cruz et Dieupuy Chérubin ont réaffirmé leur soutien à une solution institutionnelle impliquant la Cour de cassation comme mécanisme de sortie de crise. Les organisateurs ont conclu en appelant les citoyens à demeurer vigilants face à l’évolution de la situation politique du pays.

