Politique

Fin du CPT : Aucune formule constitutionnelle n’est aujourd’hui possible, tranche Me Newton Louis Saint-Juste

Fin du CPT : Aucune formule constitutionnelle n’est aujourd’hui possible, tranche Me Newton Louis Saint-Juste

Par Wilgins VALESCOT

À quelques jours de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue le 7 février 2026, le juriste et homme politique Maître Newton Louis Saint-Juste dresse un constat sans concession de la crise institutionnelle haïtienne. Dans une interview accordée à notre rédaction le lundi 2 février 2026, il affirme qu’aucune solution constitutionnelle classique n’est aujourd’hui applicable et appelle à une transition réaliste, centrée sur la reddition de comptes et la responsabilité publique.

Fin du CPT : Aucune formule constitutionnelle n’est aujourd’hui possible, tranche Me Newton Louis Saint-Juste
Me Newton Louis Saint-Juste

Alors que le débat national s’intensifie autour de l’après-CPT, plusieurs voix évoquent des « solutions constitutionnelles », « institutionnelles » ou « quasi constitutionnelles ». Pour Maître Newton Louis Saint-Juste, ces lectures relèvent davantage du mythe que du droit positif. S’appuyant sur l’histoire politique récente d’Haïti, il rappelle que depuis la Constitution de 1987, le pays a expérimenté trois grandes formules de transition : la présidence provisoire issue de la Cour de cassation, le gouvernement dirigé par un Premier ministre unique, et les formules mixtes de conseils exécutifs, dont le CPT est l’exemple le plus récent.

Le juriste conteste fermement l’argument selon lequel la Cour de cassation représenterait aujourd’hui la « voie constitutionnelle ». Il souligne qu’à la suite de l’amendement constitutionnel du 13 mai 2011, l’article 149 a été modifié, écartant la Cour de cassation du mécanisme de succession présidentielle en cas de vacance. Désormais, précise-t-il, l’article 49 privilégie un exercice collégial du pouvoir exécutif par le Conseil des ministres, sous la direction du Premier ministre, et uniquement dans des cas bien définis : démission, destitution ou incapacité permanente du président dûment constatée.

Selon Maître Saint-Juste, même l’option d’une présidence provisoire n’est envisageable que dans des circonstances strictes, notamment lorsque la vacance intervient au cours de la quatrième année du mandat présidentiel, auquel cas l’Assemblée nationale est appelée à élire un président provisoire chargé d’organiser des élections. « Nous ne sommes aujourd’hui dans aucun de ces cas de figure », tranche-t-il.

Au-delà du droit constitutionnel, l’avocat met en garde contre une instrumentalisation politique de la Cour de cassation. Institution à la tête du pouvoir judiciaire, celle-ci ne peut, selon lui, se transformer en solution miracle à une crise multidimensionnelle. Il rappelle que lors de précédentes transitions, notamment en 2021 après l’assassinat du président Jovenel Moïse, la Cour de cassation s’est retrouvée au cœur de controverses politiques majeures, ce qui a contribué à fragiliser davantage sa crédibilité et son rôle fondamental : l’application de la loi.

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Dans un contexte marqué par l’insécurité, la prolifération des gangs et l’effondrement des institutions, Maître Saint-Juste estime que reproduire des schémas anciens sans tenir compte de la réalité actuelle serait une grave erreur.

Pour l’ancien candidat à la présidence, le véritable enjeu de la transition ne réside pas dans la formule institutionnelle choisie, mais dans ses objectifs et ses garde-fous. Il appelle à fixer clairement les responsabilités, à exiger la reddition de comptes et à rompre avec la culture de privilèges qui caractérise, selon lui, les transitions passées.

Il dénonce notamment les dépenses excessives de l’État, les avantages accordés aux hauts responsables, résidences secondaires, voyages coûteux, hélicoptères privés, dans un pays où les ressources publiques sont extrêmement limitées. « Une transition réaliste doit être adaptée aux moyens économiques du pays et orientée vers la sécurité, la transparence et l’intérêt général », insiste-t-il.

Maître Saint-Juste plaide également pour des enquêtes approfondies sur la gestion des fonds publics par les acteurs politiques et sécuritaires, évoquant des montants considérables qui auraient pu être investis dans des politiques publiques structurantes.

Dans une conclusion aux accents philosophiques, le juriste invite la société haïtienne à sortir des « illusions » et des « mythes » qui entourent la crise politique. S’inspirant de Socrate et de l’allégorie de la caverne de Platon, il appelle les citoyens et les dirigeants à un exercice collectif de vérité et de responsabilité.

« Il n’y aura pas de sauveur providentiel », martèle-t-il. Pour Maître Newton Louis Saint-Juste, la sortie de crise passe d’abord par un changement de conscience et par l’engagement des Haïtiens eux-mêmes à refonder l’État sur des bases éthiques, responsables et véritablement démocratiques.

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