Haïti : à l’approche du 29 mars, des acteurs politiques annoncent un sit-in à Delmas 38 contre les dérives du pouvoir
À l’approche du 39e anniversaire de la Constitution du 29 mars 1987, plusieurs acteurs politiques réunis au sein de la Coordination de la Conférence des Acteurs favorables à la Cour de cassation ont annoncé, lors d’une conférence de presse tenue le 26 mars 2026 à Delmas 75, l’organisation d’un sit-in le dimanche 29 mars à Delmas 38, devant l’ancien local du Conseil électoral provisoire (CEP).
L’initiative vise, selon les organisateurs, à dénoncer les malversations et les mauvais agissements du pouvoir en place, dans un contexte de crise politique et institutionnelle persistante.
Le choix de la date n’est pas fortuit. Le 29 mars marque l’adoption par référendum de la Constitution de 1987, considérée comme un tournant majeur dans l’histoire démocratique du pays.
En annonçant ce sit-in, les initiateurs entendent inscrire leur démarche dans l’esprit de cette rupture historique, tout en appelant la population à se mobiliser face à ce qu’ils décrivent comme une dégradation continue de la gouvernance.
Prenant la parole, l’ancien sénateur Maître Francisco De La Cruz, qui s’est présenté comme coordinateur national du parti Innovateur haïtien (PRE) et dirigeant du Front commun vers la Cour de cassation, a dressé un constat sévère de la situation du pays.
Selon lui, Haïti est aujourd’hui dirigée « au plus bas niveau de son histoire », pointant du doigt une gouvernance marquée par l’improvisation, l’absence de vision et des décisions contraires aux intérêts nationaux.
Il a également critiqué les accords politiques récents, notamment le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, qu’il juge sans fondement réel. « On ne peut pas donner un pouvoir sans limite dans le temps », a-t-il insisté, dénonçant un cadre politique flou qui, selon lui, favorise les dérives.
De son côté, l’ancien député Jean Fenel Thanis a axé son intervention sur la défense de la Constitution de 1987, dénonçant ce qu’il considère comme des violations répétées du texte fondamental.
Il a notamment remis en question la validité des amendements constitutionnels, estimant que les procédures légales n’ont pas été respectées, notamment en ce qui concerne l’obligation de publication dans les deux langues officielles.
L’ancien parlementaire a également insisté sur la nécessité d’appliquer l’article 149 de la Constitution, rappelant que la Cour de cassation demeure une institution clé en cas de crise institutionnelle majeure.
Intervenant à son tour, l’ancien député Serge Jean-Louis a replacé cette mobilisation dans un contexte politique plus large, marqué selon lui par une succession d’échecs et d’initiatives avortées.
Il a rappelé les différentes tentatives de dialogue et de concertation politique menées ces dernières années, sans résultats concrets, dénonçant une gouvernance qu’il juge « désastreuse ».
Pour lui, la conférence de presse du 26 mars s’inscrit dans une volonté de relancer le débat national et de proposer une alternative face à ce qu’il considère comme une impasse politique.
Les intervenants ont également évoqué la situation du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, dont ils contestent la légitimité.
Selon eux, ce dernier aurait été révoqué par le Conseil présidentiel de transition (CPT), rendant sa position actuelle incompatible avec les principes constitutionnels. Ils dénoncent ainsi une confusion institutionnelle qui, à leurs yeux, aggrave la crise.
Au-delà des déclarations politiques, les organisateurs ont lancé un appel direct à la population. Le sit-in du 29 mars se veut une mobilisation ouverte, destinée à rassembler citoyens, militants et organisations autour d’une même revendication : le respect des règles démocratiques.
Ils affirment que la population, confrontée à l’insécurité, aux déplacements forcés et à la dégradation des conditions de vie, ne peut plus rester en marge.
Avec cette initiative, les acteurs favorables à la Cour de cassation entendent clairement accentuer la pression sur le pouvoir en place. Le sit-in du 29 mars pourrait ainsi marquer le début d’une nouvelle phase de mobilisation politique, dans un contexte déjà tendu.
Reste à savoir si cet appel sera largement suivi et s’il contribuera à rebattre les cartes d’une crise qui, jusqu’ici, peine à trouver une issue.


