Hausse brutale des prix du carburant en Haïti : les syndicats dénoncent une décision suicidaire et annoncent des mobilisations nationales

Le Collectif des Syndicats Haïtiens pour le Respect de la Constitution (COSHARCO) et plusieurs centrales syndicales montent au créneau contre la récente décision du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils Aimé d’augmenter significativement les prix des produits pétroliers. Lors de différentes interventions, des responsables syndicaux ont exprimé leur indignation et annoncé une riposte coordonnée à l’échelle nationale.
Dans sa déclaration, Masly Dorcely, Secrétaire général du COSHARCO, a dénoncé une décision qu’il qualifie de « grave » et prise au détriment de la majorité de la population.
Selon lui, cette augmentation intervient dans un contexte économique déjà marqué par une inflation galopante, l’absence d’ajustement salarial et une détérioration généralisée des conditions de vie. Il rappelle que les prix du carburant ont connu une hausse spectaculaire :
L’essence passe de 560 à 725 gourdes, soit une augmentation de 165 gourdes ;
Le diesel grimpe de 620 à 850 gourdes ;
Le kérosène passe de 615 à 845 gourdes.
Masly Dorcely souligne que cette décision affectera directement les transports, l’éducation, la santé et l’ensemble des activités économiques, aggravant la précarité des couches populaires. Il dénonce également une gestion étatique qu’il juge défaillante, affirmant que « la population paie aujourd’hui les conséquences d’une mauvaise gouvernance ».
Face à cette situation, il annonce que le COSHARCO, regroupant des syndicats de divers secteurs (éducation, transport, santé, sous-traitance), appelle à une mobilisation nationale à partir du lundi suivant. L’objectif est de contraindre les autorités à revenir sur cette décision qu’il qualifie de « suicidaire » pour l’économie et la classe travailleuse.
De son côté, Yvel Admettre, Secrétaire général de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), a également vivement critiqué la hausse des prix du carburant.
Dans son intervention, il a rappelé que le gouvernement avait précédemment promis une stabilisation des prix. Il estime que cette augmentation risque d’aggraver la misère, notamment pour les ouvriers, les paysans, les travailleurs des zones franches, ainsi que les employés des secteurs public et privé.
Yvel Admettre met en évidence une contradiction majeure : alors que les prix du pétrole sur le marché international ont baissé (passant d’environ 145 à 64 dollars le baril), les autorités haïtiennes maintiennent, voire augmentent, les prix à la pompe. Il accuse ainsi le gouvernement de faire peser le poids de la crise sur les populations les plus vulnérables.
Il souligne également les conséquences directes de cette décision :
Augmentation des coûts de transport ;
Difficultés accrues pour les élèves à se rendre à l’école ;
Hausse du coût de la vie pour les familles ;
Pression accrue sur les travailleurs déjà sous-payés.
Yvel Admettre indique que la CTSP est en concertation avec plusieurs plateformes syndicales, notamment la Confédération des Travailleurs Haïtiens (CTH) et d’autres organisations telles que Batay Ouvriye. Des discussions sont également en cours avec des syndicats présents dans des zones industrielles comme Ouanaminthe, CODEVI et Caracol.
Il avertit que, faute de retrait de la mesure, des mouvements de protestation pourraient être déclenchés dès le lundi matin, notamment dans les parcs industriels.
Revendications : retrait de la mesure et ajustements salariaux
Les syndicats exigent :
Le retrait immédiat de l’augmentation des prix du carburant ;
L’ouverture de négociations avec les autorités ;
La publication et l’application d’un salaire minimum ajusté ;
Une revalorisation salariale pour les enseignants et les travailleurs des secteurs clés.
Pour Masly Dorcely comme pour Yvel Admettre, la situation actuelle pourrait entraîner une aggravation des tensions sociales et une montée de la violence si aucune réponse n’est apportée.
Dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise économique et la fragilité institutionnelle, cette décision gouvernementale semble cristalliser le mécontentement populaire. Les organisations syndicales préviennent que sans un revirement rapide, le pays pourrait entrer dans une nouvelle phase de mobilisation sociale intense.
Rédaction : RÉALITÉ INFO
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