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Insécurité

Sécurité en Haïti : la sortie de Vladimir Paraison démontée point par point

La prestation du directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Vladimir Paraison, ce lundi 6 avril 2026 sur les ondes de Scoop FM dans l’émission « Haïti Débat », restera comme un cas d’école… d’échec en communication de crise. Sous couvert de franchise, le chef de la police a enchaîné approximations, contradictions et glissements discursifs, révélant une ligne institutionnelle fragilisée et, surtout, déconnectée de la réalité du terrain.

Affirmer que « les bandits sont très forts parce qu’ils reçoivent une bonne formation » revient à poser un constat sans jamais en assumer les implications. Qui les forme ? Avec quels moyens ? Où est la riposte stratégique de l’État ? En l’absence de réponses, cette déclaration devient un aveu brut, celui d’une supériorité opérationnelle des groupes armés sur la PNH. Un directeur général ne peut se contenter de décrire une menace ; il doit démontrer sa capacité à la neutraliser. Ici, le diagnostic est livré sans traitement, une faute majeure dans la communication sécuritaire.

Inviter journalistes et citoyens critiques à « aller sur le champ de bataille » pour comprendre la difficulté du travail policier relève d’un contresens démocratique. La mission de la police n’est pas de tester le courage des civils, mais de garantir leur sécurité. Cette sortie traduit une dérive inquiétante : le transfert implicite de responsabilité vers la population. En communication institutionnelle, cela s’appelle une rupture du contrat de confiance.

En pointant du doigt les habitants qui fuient leurs quartiers lors d’attaques armées, le directeur général franchit une ligne rouge. À Port-au-Prince, des milliers de familles sont déplacées non par choix, mais par nécessité vitale. Les présenter comme défaillantes ou lâches revient à nier leur statut de victimes et à absoudre, indirectement, l’incapacité de l’État à sécuriser les zones concernées. C’est une faute éthique autant que stratégique.

Réduire les violences dans l’Artibonite à de simples conflits entre habitants de différentes zones, hérités de l’époque de François Duvalier, relève d’un raccourci grossier. La réalité actuelle est autrement plus complexe : groupes armés structurés, logiques de contrôle territorial, circuits financiers criminels. En niant cette mutation, le directeur de la PNH désarme intellectuellement sa propre institution face à une menace moderne.

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Le point le plus fragile, et le plus grave, de l’intervention reste l’affirmation selon laquelle la police aurait « libéré » plusieurs zones, notamment le centre-ville. Or, dans les faits, chauffeurs de transport public et usagers continuent de payer des taxes illégales aux groupes armés pour circuler. Cette pratique, largement documentée dans Port-au-Prince, démontre une chose simple, un territoire sous extorsion n’est pas un territoire libéré.

Dire que la police contrôle un espace alors que l’économie informelle de la peur y prospère encore revient à maquiller la réalité. Et en matière de sécurité publique, maquiller la réalité est une faute lourde, cela empêche toute réponse adaptée.

Au-delà des mots, c’est une ligne de commandement qui vacille. Entre reconnaissance d’impuissance, reproches adressés à la population et annonces déconnectées du vécu quotidien, Vladimir Paraison envoie des signaux contradictoires. Or, en période de crise, la clarté et la cohérence sont des armes aussi essentielles que les moyens opérationnels.

Cette sortie médiatique ne rassure pas. Elle inquiète. Elle expose une institution qui peine à nommer correctement l’ennemi, à assumer ses responsabilités et à parler vrai à une population déjà à bout.

En définitive, ce n’est pas seulement un discours qui vacille, c’est la crédibilité même de la parole policière qui s’effrite. Et dans un pays où la confiance est une ressource rare, chaque mot compte, surtout lorsqu’il est prononcé par le premier responsable de la sécurité nationale.

Rédaction : RÉALITÉ INFO
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