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Haïti : les applaudissements à Bukele un désaveu pour Alix Didier Fils-Aimé

Haïti : les applaudissements à Bukele un désaveu pour Alix Didier Fils-Aimé

Analyse politique | RÉALITÉ INFO

Certaines scènes peuvent parfois communiquer bien plus que les discours officiels. La situation actuelle en Haïti en est une illustration saisissante. L’image de citoyens se rendant dans les rues, applaudissant et exprimant leur gratitude envers le président salvadorien Nayib Bukele pour son engagement dans la lutte contre les gangs armés constitue un phénomène politique qui appelle à une réflexion approfondie.

Pourquoi un peuple en vient-il à placer autant d’espoir en un dirigeant étranger, alors que ses propres autorités peinent à garantir son droit fondamental à la sécurité ?

La réponse est douloureuse, mais elle mérite d’être formulée : les Haïtiens sont las. Las des promesses non tenues, las des discours vides, las de l’insécurité ambiante et surtout las d’un État qui semble avoir perdu une grande partie de son autorité sur son propre territoire.

Les opérations menées dans la plaine du Cul-de-Sac, en particulier à Carrefour Shada, Croix-des-Missions et Santo 17, impliquant la Police nationale d’Haïti et soutenues par les forces salvadoriennes, suscitent actuellement des réactions qui vont bien au-delà du cadre d’une simple opération sécuritaire.

Elles éveillent chez une partie de la population un sentiment longtemps réprimé : l’espoir de retrouver enfin leurs repères, de circuler librement et de vivre sans la constante crainte de tomber entre les mains des groupes armés.

Les Haïtiens ne s’attendent pas obligatoirement à de grandes réalisations pour commencer à faire confiance à leurs dirigeants. Ils recherchent plutôt des résultats tangibles, visibles et mesurables.

Imaginez un instant que, durant les deux dernières années, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ait réussi à réaliser des avancées significatives dans la lutte contre le banditisme. Envisagez que la route nationale numéro 1 soit véritablement dégagée, que les déplacements entre les différentes régions du pays redeviendraient possibles et que les principaux chefs de gangs, responsables de la terreur, aient été neutralisés.

Même sans résoudre tous les problèmes économiques et sociaux du pays, un tel bilan aurait pu modifier de manière significative la perception de la population envers le chef du gouvernement.

Peut-être qu’aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé serait célébré dans les rues de Port-au-Prince. Peut-être que sa parole aurait davantage de poids. Il se pourrait même que les figures politiques liées à son autorité, telles que Wilner Joseph, candidat du pouvoir en place aux prochaines élections, jouissent d’une popularité et d’une légitimité politique nettement différentes.

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Cependant, la politique ne repose pas uniquement sur des ambitions électorales. Elle s’élabore avant tout à partir des résultats obtenus. Un dirigeant qui n’est pas en mesure de protéger sa population finit inévitablement par perdre sa crédibilité, même s’il conserve officiellement le pouvoir.

Un autre aspect rend cette situation particulièrement alarmante : les accusations récurrentes du Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) quant à des liens présumés entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et certains chefs de gangs.

Dans ses rapports de dénonciation datés des 8 et 26 octobre 2026, le RHAJAC soulève la possibilité d’une complicité entre le chef du gouvernement et certains dirigeants de groupes armés. L’organisation formule notamment l’hypothèse d’un accord tacite et demande l’ouverture d’enquêtes sur ces relations supposées.

Cependant, une question essentielle persiste : pourquoi de telles accusations sont-elles portées contre celui qui a précisément la charge politique de mener la lutte contre l’insécurité ?

Dans un pays où les citoyens sont quotidiennement confrontés à la violence, toute allégation de collusion entre les autorités politiques et les organisations criminelles mérite une attention sérieuse.

Le principal défi auquel fait face le gouvernement actuel ne réside pas uniquement dans son incapacité à garantir une sécurité efficace. Il s’agit également de la confiance de plus en plus érodée que la population lui accorde.

Lorsque des citoyens commencent à placer plus d’espoir dans l’intervention d’un président étranger que dans les institutions de leur propre pays, cela constitue un signal politique particulièrement préoccupant.

La responsabilité de restaurer l’autorité de l’État haïtien incombe toujours aux institutions nationales.

Alix Didier Fils-Aimé doit prendre conscience que les applaudissements pour Nayib Bukele portent également un message qui lui est personnellement adressé.

Ce message est clair : les Haïtiens n’aspirent plus à de simples promesses de sécurité. Ils veulent pouvoir retourner chez eux sans craindre d’enlèvements, circuler sur les routes nationales sans risquer d’être confrontés à des groupes armés, exercer leur travail sans subir d’extorsions et envoyer leurs enfants à l’école sans redouter la violence.

La population ne réclame pas nécessairement un miracle, mais un État qui fonctionne efficacement.

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