Haïti : l’Accord de Montana saisit le Parlement canadien et le Sénat américain pour défendre la souveraineté nationale

Haïti : l’Accord de Montana saisit le Parlement canadien et le Sénat américain pour défendre la souveraineté nationale
Port-au-Prince, 17 février 2026.- Le Comité de pilotage de l’Assemblée des signataires de l’Accord du 30 août 2021, connu sous le nom d’Accord de Montana, a rendu publiques deux lettres ouvertes adressées respectivement au chef de l’Opposition officielle du Canada, Pierre Poilievre, et au Sénat des États-Unis.
Dans ces correspondances datées du 16 février 2026, la structure politique haïtienne dénonce ce qu’elle qualifie d’« interférences diplomatiques et politiques étrangères » dans la gestion de la transition en Haïti et appelle à un respect strict de la souveraineté nationale.
Dans ses lettres, le Comité affirme ne pas agir « en qualité de solliciteur ni en tant qu’adversaire », mais en tant que représentant d’« une nation héritière d’une longue tradition de résistance ». Le texte rappelle les grandes étapes de l’histoire haïtienne, notamment l’indépendance de 1804 et l’indemnité imposée à Haïti en 1825, dont les conséquences économiques et sociales continueraient, selon les signataires, de peser sur le pays.
S’agissant des États-Unis, la lettre évoque également la période d’occupation américaine de 1915 à 1934, sous l’administration du président Woodrow Wilson, période durant laquelle le Parlement haïtien avait été dissous et une nouvelle Constitution imposée. Les signataires citent notamment le massacre des Cayes du 6 décembre 1929 comme symbole des dérives de cette époque.
Les auteurs précisent toutefois qu’il ne s’agit pas, selon eux, d’un discours de ressentiment, mais d’un rappel historique destiné à éviter la répétition d’erreurs passées.
Au cœur des préoccupations exprimées figure la situation politique actuelle en Haïti. Le Comité affirme disposer d’« informations concordantes » faisant état de pressions diplomatiques visant à influencer le maintien ou le remplacement de responsables gouvernementaux ne disposant ni de mandat électif ni de consensus national.
La lettre adressée au Sénat américain cite nommément le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, accusé d’avoir exercé des pressions sur des responsables haïtiens afin d’empêcher la révocation de l’ancien Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Les signataires estiment que de telles pratiques, si elles étaient avérées, contreviendraient à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, notamment à son article 41 interdisant toute ingérence dans les affaires intérieures de l’État accréditaire.
Ils invoquent également les principes consacrés par la Organisation des États américains, en particulier le droit des peuples à l’autodétermination et la prohibition de toute intervention directe ou indirecte dans les affaires internes d’un État.
Autre point soulevé : la présence présumée d’acteurs privés étrangers de sécurité opérant sur le territoire haïtien. Le Comité affirme que tout déploiement de ce type, en l’absence d’un cadre légal transparent et d’un contrôle démocratique effectif, soulève des inquiétudes majeures au regard du droit international des droits humains et constitue une atteinte à la souveraineté nationale.
Dans sa lettre à Pierre Poilievre, le Comité appelle le Parlement canadien à veiller au respect des engagements internationaux du Canada, notamment en matière de non-intervention et d’égalité souveraine des États.
Au Sénat américain, les signataires demandent explicitement :
l’ouverture d’enquêtes sur la conduite de la représentation diplomatique américaine en Haïti ;
une clarification officielle sur toute forme de soutien à des dirigeants non élus ;
la réaffirmation des principes de souveraineté et d’autodétermination.
La correspondance s’adresse tant aux membres de la majorité, sous la présidence du sénateur James E. Risch, qu’à ceux de la minorité, dirigée par la sénatrice Jeanne Shaheen.
Tout en se déclarant attaché au dialogue et à la coopération internationale, le Comité de pilotage de l’Accord de Montana affirme qu’il ne transigera « jamais sur la souveraineté nationale, la dignité du peuple haïtien et son droit inaliénable à décider librement de son avenir ».
Ces lettres ouvertes interviennent dans un contexte de crise sécuritaire et institutionnelle persistante en Haïti, où la question de la légitimité des autorités de transition demeure au centre des débats politiques. Elles traduisent une volonté assumée de porter le débat au niveau international et d’interpeller directement les acteurs politiques nord-américains sur leur rôle et leurs responsabilités dans l’évolution de la situation haïtienne.
La rédaction.

