ORDEDH – Insécurité en Haïti : 299 morts en janvier 2026, les groupes armés dominent et l’Ouest concentre l’essentiel de la violence

Port-au-Prince, 11 février 2026.- Le dernier rapport de l’Ordre des Défenseurs des Droits Humains (ORDEDH) confirme l’entrée d’Haïti dans une nouvelle phase critique de son effondrement sécuritaire. Pour le seul mois de janvier 2026, 299 personnes ont été tuées, tandis que les enlèvements connaissent une recrudescence inquiétante, défiant ouvertement l’autorité de l’État et accentuant le sentiment d’insécurité généralisée au sein de la population.
Selon l’analyse statistique publiée par l’ORDEDH, la violence armée n’est plus un phénomène isolé, mais une réalité structurelle qui s’impose comme norme quotidienne. Les données révèlent une domination écrasante des groupes armés, responsables de la majorité des décès recensés. La coalition Viv Ansanm se distingue particulièrement, avec 42,81 % des morts liés directement à ses activités criminelles, confirmant son rôle central dans la dynamique actuelle de l’insécurité.
Le rapport met en lumière la vulnérabilité extrême des civils, qui représentent 32,11 % des victimes enregistrées en janvier. Cette proportion traduit l’impact disproportionné de la violence sur des populations non armées, prises au piège d’affrontements, d’exécutions ciblées et d’attaques indiscriminées. Pour l’ORDEDH, cette réalité illustre l’érosion alarmante des mécanismes de protection de la vie humaine et la banalisation de la mort dans l’espace public.
À l’inverse, l’implication directe de la Police nationale d’Haïti (PNH) dans les décès demeure marginale, avec 0,33 % des cas. Un chiffre qui, loin de rassurer, est interprété comme le signe d’un déséquilibre sécuritaire profond, marqué par la faiblesse de la capacité opérationnelle de l’État face à la prolifération et à l’organisation des bandes armées.
Sur le plan géographique, les données de l’ORDEDH confirment une concentration extrême de la mortalité criminelle dans le département de l’Ouest, qui cumule à lui seul 85,28 % des décès à l’échelle nationale. Cette situation consacre la zone métropolitaine de Port-au-Prince comme l’épicentre incontesté de la crise sécuritaire.
Les départements du Centre et de l’Artibonite suivent, chacun avec 4,35 % des cas, indiquant une extension progressive de l’insécurité au-delà de la capitale. Les autres régions du pays enregistrent des taux nettement inférieurs, compris entre 0,33 % et 2,34 %, mais demeurent exposées à une détérioration potentielle du climat sécuritaire.
Parallèlement aux homicides, le communiqué de presse accompagnant le rapport alerte sur une explosion des kidnappings, désormais perçus comme l’un des principaux facteurs de paralysie sociale et économique. Malgré les annonces répétées et les opérations ponctuelles de la PNH, les résultats restent jugés insuffisants. Cette incapacité à enrayer le phénomène alimente un sentiment d’abandon au sein de la population, convaincue que l’État ne parvient plus à assurer ses fonctions régaliennes fondamentales.
Face à ce constat, l’ORDEDH appelle à une prise de conscience immédiate, tant au niveau national qu’international. L’organisation estime que la crise actuelle dépasse le cadre sécuritaire pour s’imposer comme une urgence humanitaire et institutionnelle. Elle exhorte les partenaires d’Haïti à dépasser les déclarations de principe et à engager une assistance concrète, technique et stratégique, à la hauteur de la gravité de la situation.
Dans ce sens, le mois de janvier 2026 apparaît comme un signal d’alarme majeur. Sans une action rapide, coordonnée et déterminée pour restaurer l’autorité de la loi et protéger la vie humaine, Haïti risque de s’enfoncer durablement dans une spirale de violence, transformant progressivement le pays en un territoire où le chaos supplante l’État de droit.
La rédaction.


