La Gonâve : le RNDDH dénonce de graves violations des droits humains et interpelle le CSPN et le CSPJ

Le RNDDH alerte sur de graves dysfonctionnements de la police et de la justice à La Gonâve et demande l’intervention du CSPN et du CSPJ.
Port-au-Prince, 17 août 2026 .- Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) alerte sur la situation des institutions policières et judiciaires de l’île de La Gonâve. Dans un rapport rendu public lundi, l’organisation affirme avoir documenté plusieurs cas de violences policières, d’arrestations contestées, de morts et d’allégations de corruption, sur fond de graves insuffisances matérielles au sein de la chaîne pénale.
Le RNDDH appelle notamment le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) à intervenir et à renforcer la supervision des institutions concernées.
Selon le RNDDH, le fonctionnement de la chaîne pénale à La Gonâve est affecté depuis plusieurs années par un manque important de moyens.
L’organisation indique que le Tribunal de première instance de La Gonâve, créé le 2 septembre 2024, n’est toujours pas fonctionnel. Elle souligne pourtant que la communauté insulaire aurait mobilisé des fonds afin de rénover le bâtiment destiné à accueillir la juridiction à Anse-à-Galets.
Les deux tribunaux de paix de Pointe-à-Raquette et d’Anse-à-Galets fonctionneraient également dans des conditions difficiles, avec notamment un manque de matériel, de personnel, d’électricité et de moyens de déplacement.
Le RNDDH affirme que les commissariats connaissent des difficultés similaires. À Pointe-à-Raquette, les policiers ne disposeraient notamment ni de radios de communication ni de moyens de déplacement suffisants. À Anse-à-Galets, l’organisation fait état d’un manque de matériel de base et d’un nombre insuffisant de motocyclettes pour couvrir la juridiction.
Au-delà des insuffisances matérielles, le rapport fait état de plusieurs plaintes visant des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH).
Le RNDDH rapporte notamment des allégations selon lesquelles des personnes gardées à vue auraient été libérées contre le versement de pots-de-vin. L’organisation cite également des accusations d’extorsion visant des conducteurs ainsi que des cas dans lesquels des personnes soupçonnées d’infractions graves auraient été remises en liberté.
Ces éléments constituent, à ce stade, des accusations rapportées par le RNDDH et les personnes interrogées dans le cadre de son enquête. Ils ne doivent pas être considérés comme des faits judiciairement établis en l’absence de décisions ou de conclusions officielles les confirmant.
Le rapport revient notamment sur la mort d’Angelo ADONIS, alias Toutou, et de Félix JOSEPH, le 22 février 2026 à Marotière, dans la commune de Pointe-à-Raquette.
Selon le RNDDH, Angelo ADONIS avait été placé en garde à vue avant d’être libéré. L’organisation rapporte ensuite qu’il aurait été appréhendé par des habitants dans la localité de Marotière.
Le RNDDH affirme que l’agent II Mackendy BUTEAU s’est rendu sur place et aurait tiré sur Angelo ADONIS. Félix JOSEPH, qui se trouvait à proximité, a également été mortellement atteint.
Le policier mis en cause présente toutefois une version différente. Selon le rapport, Mackendy BUTEAU reconnaît avoir tiré sur Angelo ADONIS alors que celui-ci tentait de fuir, mais nie être responsable du décès de Félix JOSEPH.
Le RNDDH affirme que le policier a été placé en isolement avant que son dossier ne soit transféré à l’Inspection générale de la PNH (IGPNH).
L’organisation demande qu’une enquête sérieuse soit menée et que les dossiers soient transmis à la justice.
Le RNDDH cite également plusieurs autres affaires.
L’organisation rapporte notamment le cas de Dunga OSCAR, qui affirme avoir été battu par des policiers de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) en mars 2026. Selon son témoignage rapporté dans le document, il aurait ensuite été conduit au commissariat d’Anse-à-Galets et aurait subi d’autres violences avant d’être présenté à un juge de paix.
Le rapport évoque également le cas d’Adriano FUSE AIME, arrêté le 28 juin 2026 avec deux autres personnes. Le RNDDH affirme que les trois hommes auraient été battus au commissariat d’Anse-à-Galets et que l’état de santé d’Adriano FUSE AIME se serait ensuite gravement détérioré. Il est décédé le 30 juin.
Le juge de paix Delva GEORGES aurait effectué deux constats du corps, selon le rapport. Le magistrat aurait également relevé des différences entre certains éléments observés lors des deux constats.
Le RNDDH rapporte aussi l’arrestation de Jeanlus REGUSTE et Fednelson REGUSTE, le 25 juillet 2026 à Anse-à-Galets.
Les deux hommes affirment avoir été sévèrement battus lors de leur arrestation et au commissariat. Jeanlus REGUSTE aurait notamment subi une fracture à une côte, selon une radiographie réalisée après l’intervention d’un médecin.
L’inspecteur divisionnaire Gilles MOTLAIRE présente une autre version des faits. Il affirme avoir été alerté par sa conjointe, qui aurait déclaré être agressée par les deux hommes. Selon son récit rapporté par le RNDDH, des policiers dépêchés sur place auraient eux-mêmes été agressés.
Jeanlus REGUSTE a finalement été libéré le 30 juillet. Fednelson REGUSTE a été maintenu en rétention avant d’être libéré le 3 août, après une nouvelle audition.
Pour le RNDDH, l’ensemble de ces cas révèle un dysfonctionnement profond de la chaîne pénale à La Gonâve.
L’organisation estime que le manque de moyens des commissariats et des tribunaux ne peut justifier les violations des droits humains qu’elle affirme avoir documentées.
Elle recommande notamment au CSPN et au CSPJ de demander un rapport sur le fonctionnement de la police et de la justice sur l’île, de renforcer le personnel judiciaire et de fournir aux tribunaux et commissariats les équipements nécessaires.
Le RNDDH demande également que le Tribunal de première instance de La Gonâve soit rendu fonctionnel dès la reprise des travaux judiciaires, prévue au premier lundi d’octobre 2026 selon le rapport.
L’organisation estime que la mise en fonctionnement de cette juridiction permettrait notamment aux habitants de l’île d’accéder plus efficacement à la justice et de faire valoir leurs garanties judiciaires.


