Haïti : la société civile réclame la création urgente d’une Chambre de Contrôle de la Transition

Par Bertin Jones
Port-au-Prince, 11 février 2026.- Dans un contexte politique marqué par une concentration inédite du pouvoir exécutif et une crise persistante de confiance entre l’État et la population, le Collectif du 4 Décembre 2013 lance un appel solennel au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : mettre en place, sans délai, une Chambre de Contrôle de la Transition (CCT). Pour ses initiateurs, cette instance n’est plus une option, mais une exigence politique et morale.
Dans une correspondance officielle rendue publique dont notre rédaction a eu copie, le Collectif souligne que le retrait du Conseil Présidentiel de la Transition et la disparition du dispositif exécutif bicéphale ont installé de facto une gouvernance monocéphale. Une situation exceptionnelle qui, selon l’organisation, accroît les risques de dérives institutionnelles dans un pays déjà fragilisé par l’absence prolongée d’institutions constitutionnelles fonctionnelles, la pression sécuritaire et l’érosion de la légitimité publique.
La CCT est présentée comme un mécanisme crédible de régulation démocratique, capable de prévenir les excès inhérents à toute concentration durable du pouvoir. En l’absence de contrepoids institutionnels formels, avertit le Collectif, la transparence de l’action gouvernementale, la stabilité nationale et la protection de l’intérêt général sont directement menacées.
Au-delà de la surveillance, la Chambre de Contrôle de la Transition se veut un espace structuré de dialogue entre le gouvernement et les forces vives de la nation. Son rôle serait double : renforcer le devoir de reddition de comptes des ministres et hauts responsables de l’État — appelés à expliquer publiquement leurs décisions, l’utilisation des ressources et les résultats obtenus — et instaurer une dynamique d’écoute et de responsabilité susceptible de désamorcer les tensions sociales.
Pour le Collectif, la mise en place de la CCT enverrait un signal politique fort. Elle attesterait d’une volonté réelle de moralisation de la vie publique, de lutte contre la corruption et de rupture avec des pratiques ayant conduit le pays dans l’impasse actuelle. En réduisant les zones d’opacité et en instaurant des pratiques de transparence active, cette instance constituerait un rempart institutionnel face aux dérives et un levier de restauration de la confiance citoyenne.
S’adressant directement au Premier ministre, le Collectif rappelle que l’Histoire retiendra le choix opéré à ce moment charnière : gouverner sans garde-fous suffisants ou faire le pari courageux du contrôle démocratique. Dans une démocratie soucieuse de stabilité et de bonne gouvernance, insiste-t-il, les ministères — notamment régaliens — ne sauraient durablement être placés sous l’autorité directe d’une seule et même personne.
En conclusion, la société civile renouvelle son appel avec fermeté. Pour elle, la Chambre de Contrôle de la Transition est devenue indispensable à la sauvegarde de la souveraineté nationale, au soutien de décisions difficiles mais nécessaires, et à la reconstruction d’un État responsable, transparent et au service de l’intérêt général.


