Fonction publique : la CSAPN s’oppose aux prélèvements annoncés sur les avantages sociaux

Fonction publique : la CSAPN s’oppose aux prélèvements annoncés sur les avantages sociaux
Port-au-Prince, 25 septembre 2026 .- La tension monte dans la fonction publique. Réunis jeudi 24 septembre lors d’une conférence de presse, les syndicats regroupés au sein de la Confédération des Syndicats de l’Administration Publique Nationale (CSAPN) ont dénoncé plusieurs décisions et pratiques qu’ils attribuent à l’administration publique, notamment la réduction annoncée de certains avantages sociaux, les difficultés rencontrées par les employés à l’approche de la rentrée scolaire et ce qu’ils décrivent comme une politisation des institutions.
Les représentants syndicaux préviennent qu’une mobilisation pourrait être déclenchée à partir du 1er octobre si le gouvernement ne revient pas sur certaines mesures.

Le représentant syndical du ministère de la Planification et de la Coopération externe, Duvert Jean-François, a particulièrement insisté sur la mesure concernant les avantages sociaux des fonctionnaires.
Selon lui, l’État envisagerait de prélever 15 % sur certains avantages sociaux des employés, alors qu’une déduction de 20 % serait également appliquée par la Direction générale des impôts (DGI). Les syndicats réclament notamment le retrait de l’article 3 du budget rectificatif qu’ils contestent.
« Les fonctionnaires de l’État sont des serviteurs de l’État, nous ne sommes pas des esclaves », a martelé le syndicaliste.
Il affirme que les organisations membres de la CSAPN sont prêtes à mobiliser les employés des différents ministères et directions publiques si aucune réponse n’est apportée à leurs revendications.
Mais la conférence de la CSAPN ne s’est pas limitée à la question salariale.
Léo Junior, représentant du Regroupement national des travailleurs haïtiens en éducation (RENTRHED) au sein du ministère de l’Éducation, a dressé un tableau particulièrement préoccupant de la situation des employés et des familles à l’approche de la rentrée scolaire.
Il a notamment évoqué le programme d’aide destiné aux parents d’élèves. Le dispositif annoncé par le ministère de l’Éducation nationale et le FAES prévoit une enveloppe de 2,5 milliards de gourdes pour environ 140 000 parents, avec des transferts de 15 000 gourdes par bénéficiaire.
Mais Léo Junior affirme que les syndicats s’interrogent sur la gestion de ces fonds et sur leur destination effective. Il demande que toute la lumière soit faite sur l’utilisation de l’argent public.
Le syndicaliste va plus loin : il évoque des soupçons de détournement et de blanchiment d’argent, tout en demandant que ces accusations fassent l’objet de vérifications et d’enquêtes. Il affirme également que certains employés de l’administration publique accusent plusieurs mois d’arriérés de salaire alors que la rentrée scolaire est déjà engagée.
Pour le représentant du RENTRHED, la situation est d’autant plus difficile que les fonctionnaires doivent eux-mêmes faire face aux dépenses liées à la rentrée de leurs enfants.
Léo Junior a également dénoncé ce qu’il présente comme une forme de pression exercée sur les employés syndiqués à travers des mutations.
Selon lui, certains travailleurs seraient transférés vers des zones éloignées ou difficiles d’accès après leur implication dans des activités syndicales.
Le représentant du RENTRHED critique également une note attribuée au ministère de l’Économie et des Finances demandant à certains employés affectés en province de se rendre à Port-au-Prince pour récupérer leurs chèques.
Pour les syndicats, cette situation impose des dépenses supplémentaires à des fonctionnaires qui rencontrent déjà d’importantes difficultés économiques.
La CSAPN réclame donc la fin des transferts qu’elle considère comme arbitraires, ainsi qu’un examen de la gestion des ressources publiques.
À travers cette nouvelle structure syndicale, les organisations représentatives de plusieurs secteurs de l’administration disent vouloir parler d’une seule voix.
Elles réclament notamment des explications sur les décisions touchant les fonctionnaires, une meilleure gestion des fonds publics et la fin de ce qu’elles décrivent comme une influence politique dans certaines institutions, notamment l’OMRH, la CAS et le PNCS.
La CSAPN affirme également vouloir obtenir des réponses du gouvernement sur les conditions de travail des agents publics et sur les mesures qui affectent directement leurs revenus.
Les déclarations syndicales interviennent également dans un contexte marqué par plusieurs contrats liés à la sécurité et à la modernisation des frontières.
Erik Prince, fondateur de Blackwater et dirigeant de Vectus Global, a affirmé en 2025 que son entreprise avait conclu un accord de dix ans avec l’État haïtien portant notamment sur la lutte contre les gangs et, à terme, sur un système de collecte fiscale. Les conditions financières de cet accord n’avaient alors pas été rendues publiques.
Par ailleurs, un contrat distinct de 542,6 millions de dollars sur dix ans a été approuvé en février 2026 pour renforcer la sécurité frontalière. Il a été signé avec Evergreen Trading System Limited et Alex Stewart International.
Ces différents dossiers alimentent les interrogations soulevées par les syndicats sur les priorités budgétaires de l’État.
À quelques jours du 1er octobre, la CSAPN place désormais le gouvernement face à ses revendications.
Les syndicats disent vouloir mobiliser les employés de l’administration publique si l’article 3 du budget rectificatif n’est pas retiré et si leurs autres demandes restent sans réponse.
La menace brandie est claire : perturber le fonctionnement de l’administration publique à partir du 1er octobre.
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