CTH : 67 ans d’engagement syndical, entre bilan, difficultés et nouvelles revendications pour les travailleurs haïtiens

CTH : 67 ans d’engagement syndical, entre bilan, difficultés et nouvelles revendications pour les travailleurs haïtiens
Pétion-Ville, 14 août 2026 .- La Confédération des Travailleurs Haïtiens (CTH) a marqué, ce vendredi 14 août 2026, ses 67 années d’existence à l’Institut National de Formation Sociale (INAFOS), autour d’un message centré sur la défense des droits des travailleurs, le dialogue social et les défis auxquels sont confrontés les salariés et les jeunes en Haïti.

À cette occasion, Marie-Louise Lebrun Louimarre, secrétaire générale adjointe de la CTH, a dressé le bilan de plus de six décennies d’engagement syndical, tandis que Jenifer Cileus, secrétaire générale adjointe de la Commission nationale des jeunes travailleurs de la CTH (CNJT/CTH), a placé les revendications de la jeunesse au cœur de son intervention.
Dans son intervention, Marie-Louise Lebrun Louimarre a rappelé que la confédération, créée en 1959, célèbre 67 années d’existence et s’est imposée, selon elle, comme une organisation représentative du mouvement syndical haïtien.
« Pendant 67 ans, la CTH a connu beaucoup de moments de gloire et quelques mauvais moments aussi », a-t-elle déclaré, évoquant notamment les périodes d’exil, d’arrestations arbitraires et de persécutions politiques vécues par certains membres de l’organisation.
Malgré ces épisodes, la dirigeante syndicale a insisté sur la capacité de résistance de la confédération. Elle a notamment affirmé que les travailleurs et dirigeants syndicaux avaient été « pliés », mais qu’ils n’avaient pas été « cassés ».
Marie-Louise Lebrun Louimarre a également présenté les secteurs dans lesquels la CTH affirme intervenir, notamment la sous-traitance, l’éducation, l’artisanat, la construction, l’agriculture, le transport public, les coopératives, la presse, le tourisme et le secteur informel.
Selon les chiffres avancés lors de la cérémonie, la CTH compte actuellement 11 fédérations, quatre syndicats nationaux et trois commissions, répartis à travers les dix départements géographiques du pays, pour un total annoncé de 70 000 membres.
La secrétaire générale adjointe a toutefois reconnu que ces réalisations ne suffisent pas aux yeux de la confédération. Elle a annoncé la préparation d’un programme quinquennal 2027-2032, qui doit notamment permettre de renforcer les campagnes syndicales, d’intégrer davantage de travailleurs à la confédération, de former les membres sur leurs droits et d’implanter de nouveaux bureaux dans d’autres régions du pays.
Dans un pays marqué par l’instabilité politique, les difficultés économiques et les problèmes de sécurité et de transport, Marie-Louise Lebrun Louimarre a estimé que les conditions actuelles affectent directement le fonctionnement des organisations syndicales et la capacité des travailleurs à exercer leurs droits.
Elle a néanmoins réaffirmé l’engagement de la CTH à défendre les droits, les intérêts et la dignité des travailleurs des secteurs formel et informel.
La dirigeante syndicale a également rendu hommage aux femmes et aux hommes ayant contribué au développement de la CTH, sans oublier les militants disparus. Elle a appelé les membres et dirigeants de l’organisation à poursuivre leur engagement en faveur de la liberté syndicale, de la justice sociale et d’une démocratie « efficace » en Haïti.
De son côté, Jenifer Cileus, secrétaire générale adjointe de la Commission nationale des jeunes travailleurs de la CTH, a placé son intervention sous le signe de la jeunesse et du monde du travail.
Elle a rappelé que la Journée internationale de la jeunesse est célébrée chaque 12 août et que la CNJT/CTH entend profiter de cette période pour porter la voix des jeunes travailleurs haïtiens.
Selon Jenifer Cileus, le thème de cette année, « Contextes différents, aspirations communes », rappelle que les jeunes peuvent vivre dans des réalités différentes tout en partageant des aspirations similaires : accéder à des opportunités, vivre dans la dignité et disposer d’un avenir meilleur.
Elle a également établi un lien entre la date du 14 août et la mémoire historique de Bwa Kayiman, présentée comme un moment important dans la mobilisation des Haïtiens autour de la liberté, de la dignité et du changement.
« Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir du pays, ils sont aussi le présent », a-t-elle déclaré, soulignant les capacités et la volonté de nombreux jeunes de contribuer au développement national.
Mais la dirigeante de la CNJT/CTH a dénoncé les difficultés auxquelles ils sont confrontés, notamment le chômage, le manque d’opportunités et les conditions de travail qui ne respectent pas toujours leurs droits.
Face à cette situation, Jenifer Cileus a présenté cinq revendications principales portées par la CNJT/CTH.
La première concerne un salaire décent, afin que le travail permette aux travailleurs de vivre dignement.
La deuxième porte sur la sécurité au travail. Selon elle, exercer un emploi ne doit pas mettre en danger la vie ou la santé d’un travailleur.
La troisième revendication concerne la protection sociale pour tous les travailleurs, que la CNJT/CTH considère comme un droit et non comme un privilège.
La quatrième vise à accroître les possibilités offertes aux jeunes d’acquérir une première expérience professionnelle. Jenifer Cileus a notamment réclamé davantage de stages, de formations pratiques, d’apprentissage et de premières expériences, tout en avertissant que l’expérience professionnelle ne doit pas devenir une nouvelle forme d’exploitation.
Enfin, la cinquième revendication porte sur la création de davantage d’emplois, condition que la CNJT/CTH juge indispensable pour permettre aux jeunes de développer leurs compétences et de vivre dignement.
Dans son intervention, Jenifer Cileus a lancé un appel à l’État, aux employeurs, au secteur privé et aux autres acteurs concernés afin qu’ils travaillent ensemble à la construction d’un monde du travail « plus juste, plus sûr » et offrant davantage de possibilités aux jeunes.
Elle a réaffirmé l’engagement de la CNJT/CTH à défendre les droits et les intérêts des jeunes travailleurs.
Son intervention s’est achevée sur une série de revendications : respect des droits des travailleurs, travail décent, opportunités, dignité, sécurité au travail, protection sociale et création d’emplois.
Elle a conclu par des messages de mobilisation en faveur des jeunes travailleurs, de la CNJT, de la CTH et d’Haïti.
RÉALITÉ INFO – L’actualité en toute crédibilité.


