Cap du 7 février franchi, opérations stoppées : Vladimir Paraison a-t-il joué la montre ?

Port-au-Prince, le 16 février 2026.- Le 7 février 2026 était prévu pour être un moment charnière sur le plan institutionnel. Il représente désormais un tournant sur le plan de la sécurité. Depuis cette date déterminante, il est évident que les opérations offensives de la Police nationale d’Haïti (PNH) ont manifestement ralenti, voire été suspendues en pratique, tandis que les groupes armés continuent d’intensifier leurs attaques et de renforcer leurs positions, notamment dans la commune de Kenscoff et sur divers axes routiers stratégiques.
Cette coïncidence temporelle suscite des interrogations. Est-ce un ajustement tactique ponctuel ou une décision stratégique délibérée adoptée par les plus hautes instances de l’appareil sécuritaire ?
Avant la date du 7 février, les autorités mettaient en avant des interventions ciblées, des opérations de reconquête, ainsi qu’une volonté manifeste de reprendre le contrôle des routes nationales. Bien que les résultats étaient encore fragiles, une dynamique se faisait sentir. Cependant, depuis cette échéance politique, les indications envoyées sur le terrain ont changé : il y a moins d’opérations d’envergure, une communication institutionnelle plus restreinte et une visibilité réduite sur une stratégie claire.
Dans le même temps, les groupes armés ne se sont ni retirés ni affaiblis. Ils maintiennent leurs barrages, poursuivent les enlèvements, étendent leur influence territoriale et testent les limites de l’État. L’attaque contre Kenscoff n’est pas un incident isolé : elle s’inscrit dans une logique d’expansion progressive vers des zones jusqu’ici relativement épargnées.
À l’avant de cette séquence se trouve le Directeur général de la Police Nationale d’Haïti, Vladimir Paraison. En tant que leader d’une institution déjà affaiblie par des années de sous-financement, d’infiltrations et de pertes humaines, il assume aujourd’hui la responsabilité de la doctrine opérationnelle mise en place suite aux événements survenus le 7 février.
Quelles en sont les raisons de ce ralentissement ? Est-ce dû à un manque de ressources, à une réorganisation interne, à des pressions politiques ou à une décision stratégique visant à atténuer l’intensité des conflits afin de prévenir une crise à un moment politiquement délicat ?
Ces questions revêtent une importance significative. Dans un contexte où l’achèvement du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) a ravivé les débats concernant la légitimité du pouvoir exécutif, toute décision majeure en matière de sécurité peut être interprétée comme un acte aux implications politiques substantielles.
Certains experts émettent l’hypothèse d’une stratégie de temporisation. L’objectif serait clair : éviter des actions spectaculaires qui pourraient provoquer des représailles massives de la part des gangs, alors que le pouvoir fait face à une période de turbulences institutionnelles. En d’autres termes, l’enjeu serait de surmonter la période du 7 février sans engendrer un embrasement généralisé.
Cependant, cette prudence, si elle est réelle, a un prix. Chaque jour sans offensive organisée contribue à l’enracinement des groupes armés. Chaque route non rétablie renforce une économie criminelle parallèle. Chaque territoire laissé à l’abandon affaiblit davantage l’autorité de l’État.
La sécurité publique ne doit pas être influencée par le calendrier politique et ne peut être considérée comme une variable d’ajustement institutionnel.
Le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, a annoncé la réouverture des routes nationales placées sous le contrôle des gangs. À ce jour, la situation demeure mitigée, voire alarmante. Les usagers continuent de signaler une insécurité persistante sur plusieurs axes stratégiques, qui sont essentiels à la circulation des biens et des personnes.
L’écart entre les déclarations officielles et les faits observés engendre un climat de méfiance. L’opinion publique se pose la question suivante : existe-t-il un plan structuré et cohérent, possédant des objectifs clairs et un calendrier précis ? Ou bien observe-t-on une gestion réactive, soumise aux urgences et aux contraintes extérieures ?
La PNH représente aujourd’hui le dernier bastion institutionnel contre la fragmentation du territoire. Bien qu’elle puisse donner l’impression d’un certain ralentissement, c’est l’intégralité de l’édifice républicain qui est mise en péril.
Vladimir Paraison adopte-t-il une approche stratégique en jouant aux échecs, visant à préserver ses ressources en attendant une configuration de forces plus avantageuse ? Ou se trouve-t-il confronté à des contraintes politiques qui restreignent sa liberté d’action ? Dans tous les cas, la transparence s’avère essentielle.
Au-delà des analyses et des hypothèses, une réalité persiste : des citoyens sont constamment exposés à des menaces, des routes demeurent inaccessibles et certaines communes subissent des attaques. Les dynamiques politiques et sécuritaires ne s’alignent plus.
Lorsque l’État semble distendre l’exercice de son autorité au moment où les gangs intensifient leurs activités, la problématique ne se limite plus à une simple question stratégique. Elle revêt un caractère existentiel : qui détient réellement le contrôle du territoire national à l’heure actuelle ?
Rédaction Réalité Info

