Crise haïtienne : le CND réitère son appel à un plébiscite national et interpelle la classe politique

Delmas, 2 février 2026.- Le Collège National des Démocrates (CND) a tenu une conférence de presse ce lundi dans la commune de Delmas. Cette rencontre visait à présenter ce que le parti qualifie de « proposition de sortie de crise », centrée sur l’organisation d’un plébiscite national, présenté comme une alternative haïtienne aux impasses politiques récurrentes.
Dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise économique et une transition politique controversée, le CND entend replacer le peuple au cœur de la décision politique, tout en dressant un bilan sévère de la gouvernance actuelle.
Lors de son intervention, Rivage Élie, porte-parole du CND, a livré une déclaration dense et engagée, appelant à un sursaut national. Selon lui, depuis les événements postérieurs au 3 avril, la démocratie haïtienne a été fragilisée, au profit de décisions imposées de l’extérieur.
« La démocratie repose sur l’expression de la majorité. Lorsqu’un Premier ministre est censuré par la majorité, il doit respecter cette décision, car c’est la majorité qui l’a porté au pouvoir », a martelé Rivage Élie.
Le porte-parole a également critiqué la gestion du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qu’il accuse d’avoir failli à ses missions essentielles, notamment l’organisation des élections, le rétablissement de la sécurité et la lutte contre la vie chère.
« Après plus de 40 ans de politiques dévastatrices depuis la chute de Jean-Claude Duvalier, le pays est arrivé à un carrefour décisif. Il est temps que les responsables politiques haïtiens prennent, une fois pour toutes, des décisions conformes aux intérêts du peuple », a-t-il déclaré.
Rivage Élie a insisté sur le caractère souverain du plébiscite proposé, qu’il définit comme une consultation populaire inclusive, menée en dehors de toute influence de la communauté internationale.
« Ce sont les Haïtiens, qui connaissent la réalité du pays, qui doivent s’asseoir ensemble, dépasser les intérêts mesquins et décider de l’avenir de la société », a-t-il ajouté, appelant toutes les forces vives de la nation à rejoindre la démarche.
Le CND est également revenu sur les circonstances ayant conduit à la transition actuelle, rappelant l’éviction de facto de l’ex-Premier ministre Ariel Henry début 2024, dans un contexte de violences armées généralisées et d’interventions diplomatiques étrangères.
Selon Rivage Élie, la reconnaissance rapide du CPT par certains acteurs internationaux aurait renforcé une tutelle politique informelle, aujourd’hui rejetée par le parti.
« Nous lançons cet appel au plébiscite national pour arrêter la machine de l’ingérence internationale et construire, enfin, une solution haïtienne à la crise haïtienne », a-t-il affirmé.
De son côté, Blonage Innocent, secrétaire générale du CND, a présenté de manière structurée les trois étapes opérationnelles du projet de plébiscite national.
« La première étape consistera en un rassemblement d’intermédiation, où le CND jouera le rôle de pont entre le gouvernement, la société civile et l’ensemble des partis politiques », a-t-elle expliqué.
La deuxième phase portera sur une synthèse des propositions, avec pour objectif de réduire et d’harmoniser plus de cinquante initiatives politiques existantes afin d’aboutir à une solution véritablement haïtienne.
Enfin, la troisième étape sera consacrée au vote, que le CND souhaite voir organisé autour du 5 février, afin de dégager un modèle consensuel de plébiscite national et sortir le pays de l’impasse actuelle.
« Il s’agit de redonner une direction claire à la nation et de permettre au peuple de se prononcer sur le type de société et l’héritage que nous voulons laisser aux générations futures », a conclu Blonage Innocent.
À travers cette conférence de presse, le Collège National des Démocrates lance un appel solennel à l’ensemble des responsables politiques, des institutions et des forces sociales du pays, les invitant à s’engager dans un dialogue sincère autour du plébiscite national.
Le CND estime que sans une telle démarche inclusive et souveraine, Haïti risque de replonger, à court terme, dans un cycle de transition avortée, de sabotages politiques et de dépendance accrue aux décisions extérieures.

