Haïti – APN : le SEAPN soutient la hausse du salaire minimum et appelle à des mesures structurelles urgentes

À l’occasion de la Fête de l’Agriculture, célébrée le 1er mai, le Syndicat des Employés de l’Autorité Portuaire Nationale (SEAPN) a exprimé sa position dans un un climat marqué par une crise sociale continue en Haïti. Dans un communiqué de presse, le syndicat réuni à cette occasion a réaffirmé son soutien aux revendications des travailleurs, tout en signalant certaines défaillances dans la gestion des mobilisations.
Le SEAPN exprime son soutien sans réserve à la proposition d’un salaire minimum de 3 000 gourdes. Cette demande, soutenue par de nombreux mouvements ouvriers, est considérée comme légitime en raison de l’augmentation constante des prix des carburants et du coût de la vie. Le syndicat contextualise cette exigence au sein d’une crise sociale plus vaste, caractérisée par une dégradation continue du pouvoir d’achat des travailleurs, ce qui exacerbe les inégalités.
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Parallèlement, le communiqué condamne avec vigueur l’intervention des forces de l’ordre lors des manifestations. L’usage de gaz lacrymogènes à l’encontre des manifestants est considéré comme excessif. Le SEAPN souligne que ces travailleurs, qui se situent au cœur de la crise sociale, exercent un droit fondamental. Cette position met en évidence une tension croissante entre les revendications populaires et les réponses sécuritaires.
Au-delà des revendications immédiates, le syndicat élargit le débat à la gouvernance nationale. Il invite les autorités à réévaluer les salaires au sein des institutions publiques en tenant compte de la réalité économique. Parallèlement, il alerte sur les dangers d’une ingérence politique dans la gestion de l’Autorité Portuaire Nationale, en plaidant pour une administration reposant sur la compétence, la transparence et le respect des normes de gouvernance.
Dans une perspective davantage pragmatique, le SEAPN souligne l’impératif de dépasser les réponses éphémères ou symboliques. Selon le syndicat, les aides limitées ou temporaires ne sauraient constituer une solution viable à la crise actuelle. Il préconise plutôt l’initiation de projets structurants, notamment dans les secteurs de l’assainissement et des travaux publics, susceptibles de créer des emplois et de soutenir les populations les plus vulnérables, en particulier durant la saison des pluies.
Le syndicat milite également en faveur de mesures robustes visant à permettre aux citoyens déplacés par la violence de retourner chez eux dans des conditions à la fois sécurisées et dignes. Il appelle les autorités à adopter des décisions fermes en matière de sécurité, à faciliter la libre circulation sur les voies routières, en particulier les routes nationales, et à rétablir un climat de stabilité essentiel au redémarrage des activités économiques et sociales.
Dans ce sens, le SEAPN appelle à la prudence face à une gestion de crise improvisée, qui s’appuie sur des actions fragmentées ou à court terme. Il met en avant l’importance d’assurer une vision d’ensemble, fondée sur des politiques publiques cohérentes, capables de fournir des perspectives durables aux citoyens et d’améliorer significativement leurs conditions de vie.
La légitimité institutionnelle représente également une préoccupation majeure. Le syndicat plaide en faveur de l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes, condition sine qua non pour doter le pays d’un gouvernement légitime et renforcer la confiance des citoyens envers les institutions publiques. Il est d’avis qu’une gouvernance stable constitue un levier essentiel pour surmonter durablement la crise sociale.
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Le SEAPN met en lumière les vulnérabilités internes au sein du mouvement syndical. Quarante ans après les mobilisations significatives de 1986, il déplore une division qui compromet la capacité d’action collective. Dans un contexte marqué par l’insécurité, l’inflation et le chômage, cette fragmentation est perçue comme un obstacle à la défense des droits des travailleurs.
Ce communiqué, qui dépasse le cadre d’un simple message de solidarité, établit les fondations d’un débat plus approfondi sur la gestion de la crise sociale en Haïti. Face aux revendications salariales, à l’urgence sécuritaire et à la nécessité de réformes structurelles, les défis demeurent significatifs. Il reste à déterminer si cet appel à des actions concrètes, durables et coordonnées sera entendu par les autorités et les divers acteurs nationaux.


