« Nous ne sommes pas aux États-Unis » : la présidence défie Washington et confirme la révocation du Premier ministre

« Nous ne sommes pas aux États-Unis » : la présidence défie Washington et confirme la révocation du Premier ministre
Port-au-Prince, jeudi 22 janvier 2026.- Le ton est monté d’un cran au sommet de l’État. Lors d’une interview accordée à Radio Télé Métropole, le porte-parole de la présidence, Jacques Ambroise, a tenu des propos particulièrement fermes et sans équivoque, confirmant que la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est irréversible, en dépit de la mise en garde publique de l’ambassade des États-Unis.
Selon M. Ambroise, la décision du Conseil présidentiel de transition (CPT) est désormais actée : cinq conseillers présidentiels sur sept ont voté en faveur du départ du chef du gouvernement, ce qui, selon lui, suffit largement à fonder la légitimité de l’acte. Il a précisé que le Premier ministre sera remplacé dans les prochaines heures par un autre membre issu du gouvernement, ouvrant la voie à une recomposition rapide de l’Exécutif.
Le porte-parole a également balayé d’un revers de main l’absence de vote du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, estimant que cette position n’a « aucun effet » sur la décision finale. « Cinq sur sept ont voté. La décision est maintenue », a-t-il martelé, adoptant un ton d’autorité qui tranche avec la prudence habituellement observée dans ce type de crise institutionnelle.
Interrogé directement sur la mise en garde de l’ambassade américaine appelant à ne pas révoquer le Premier ministre, Jacques Ambroise a répondu par une formule qui fait déjà polémique :
« Nous ne sommes pas aux États-Unis. Nous sommes en Haïti. La décision prise est en faveur du pays. »
Cette déclaration, perçue comme une réponse frontale à Washington, marque un durcissement notable du discours officiel. Le porte-parole a insisté sur la souveraineté nationale, affirmant que les décisions du CPT répondent exclusivement aux intérêts d’Haïti, et non à des considérations diplomatiques extérieures.
Justifiant la révocation d’Alix Didier Fils-Aimé, le porte-parole a dressé un bilan sévère de son passage à la Primature. Selon lui, le Premier ministre n’a pas pris les mesures nécessaires pour faire reculer l’insécurité, alors que le pays est confronté à une violence armée persistante.
Jacques Ambroise a révélé que seulement 30 % du budget dit “de guerre” contre l’insécurité aurait été effectivement utilisé, un chiffre qu’il juge inacceptable au regard de l’urgence sécuritaire. Il a également plaidé pour un changement à la tête du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), estimant que la chaîne de commandement actuelle n’a pas produit les résultats attendus.
Enfin, le porte-parole a confirmé qu’avant le 7 février 2026, un gouvernement bicéphale, composé d’un président et d’un Premier ministre, sera installé. Une annonce qui laisse peu de place à un éventuel recul, malgré les tensions diplomatiques et les réactions qu’elle suscite.
Avec ces déclarations au ton offensif, la présidence affiche clairement sa volonté d’aller jusqu’au bout, quitte à accentuer les fractures politiques et diplomatiques. Reste à savoir si cette fermeté affichée apaisera la crise ou si elle ouvrira un nouveau front de confrontation dans une transition déjà sous haute tension.
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