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Éditorial / Après le 7 février : qui détient réellement le pouvoir en Haïti ?

Éditorial / Après le 7 février : qui détient réellement le pouvoir en Haïti ?

Le 7 février ne constitue plus une simple date dans le calendrier politique haïtien. Il s’est transformé en un miroir impitoyable qui met en lumière nos échecs collectifs, nos ambitions désynchronisées et notre incapacité persistante à établir un consensus national minimal. À l’approche de cette échéance, une interrogation prédomine : qui exercera le pouvoir en Haïti après le 7 février et sur quelle légitimité se fondera-t-il ?

Éditorial / Après le 7 février : qui détient réellement le pouvoir en Haïti ?
Éditorial – Après la fin du CPT, quel lendemain pour Haïti ?

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ainsi que le gouvernement de facto dirigé par Alix Didier Fils-Aimé approchent de la fin d’un mandat déjà controversé dès son instauration. Cette transition, initialement envisagée comme un passage vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel, pourrait se transformer en impasse politique en raison de l’absence d’un accord clair sur la suite du processus.

Depuis plusieurs semaines, Haïti est le théâtre d’une multiplication de propositions telles que l’instauration d’un exécutif bicéphale, la nomination d’un président provenant de la Cour de cassation, la désignation d’une personnalité liée à la Cour des comptes, la formation d’un nouveau gouvernement de transition, une prolongation tacite ou encore une recomposition politique informelle. Toutefois, cette pluralité d’options dissimule une réalité plus préoccupante : l’absence d’un centre de gravité politique capable de prendre des décisions claires.

Chaque faction présente sa solution comme étant la seule véritable réponse, sans qu’aucune n’obtienne le consensus nécessaire pour s’établir de manière pérenne. Actuellement, la politique haïtienne semble fonctionner comme un archipel d’intérêts, où chaque groupe défend son territoire sans prendre conscience de l’océan de chaos qui s’intensifie.

Dans ce contexte incertain, certaines personnalités se prépositionnent clairement en vue de l’après-7 février. Audain Fils Bernadel se présente comme un candidat possible au poste de Premier ministre du futur gouvernement de transition. Ses partisans mettent en avant son expérience et son engagement à travailler dans le cadre d’une transition nationale, soulignant sa volonté de contribuer à une gestion responsable et stable du pays. Cependant, aucune décision formelle n’a encore été prise, et son rôle dépendra de l’issue des négociations entre les différents acteurs politiques et de la capacité de consensus autour d’un gouvernement transitoire.

Il est essentiel de comprendre que la question fondamentale ne concerne pas uniquement la personne qui exercera le leadership, mais plutôt les modalités de cette direction et le cadre de légitimité minimale qui l’accompagne. Toute transition résultant d’un accord entre des acteurs politiques déconnectés des réalités sécuritaires et sociales du pays est susceptible d’être rejetée par une population déjà éprouvée et frustrée.

Alors que les acteurs politiques s’engagent dans un débat, les institutions censées symboliser la continuité de l’État se trouvent fragilisées, contestées et parfois instrumentalisées. La Cour de cassation, la Cour des comptes et le Parlement, dont l’absence se fait ressentir, contribuent à un paysage institutionnel marqué par des fissures.

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Dans ce contexte, déléguer à une institution affaiblie la responsabilité de générer de la légitimité s’apparente presque à une fiction juridique. En effet, la légalité dépourvue d’une autorité réelle ne peut gouverner, particulièrement dans un pays où la violence, les groupes criminels et la peur conditionnent désormais la vie quotidienne.

Le retrait de Monseigneur Pierre-André Dumas de toute initiative formelle de médiation constitue un événement majeur. Cela souligne l’échec d’une tentative visant à transcender les intérêts partisans dans le cadre de la crise actuelle. Les critiques et attaques émanant de personnalités politiques, notamment de l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant, ont contribué à rendre cette médiation insoutenable.

Ce retrait communique un message clair : même les figures éminentes hésitent désormais à s’engager dans un domaine politique devenu toxique, où la méfiance prime sur la quête authentique de solutions.

Le scénario le plus préoccupant ne réside pas dans la conclusion d’un accord défavorable, mais bien dans l’absence totale d’accord. Un 8 février marqué par l’absence d’un cadre politique reconnu et d’une feuille de route claire entraînerait l’émergence d’une gouvernance informelle, fragile et soumise à des pressions tant internes qu’externes, et surtout, incapable d’assurer l’autorité de l’État sur le territoire.

Dans un pays déjà fragmenté par l’insécurité, un vide politique constituerait une incitation manifeste au chaos.

À RÉALITÉ INFO, nous soutenons fermement que aucune solution durable ne peut émerger exclusivement des institutions politiques traditionnelles. La résolution de cette crise ne doit pas résulter d’un simple marchandage de postes, mais plutôt d’une vision nationale minimale, même si elle est imparfaite ou temporaire.

Le 7 février ne devrait pas marquer la conclusion d’une transition infructueuse, mais plutôt le début d’une clarification audacieuse. Gouverner Haïti après cette date nécessitera moins de déclamations et davantage de responsabilité, moins d’ego et un sens accru de l’État.

Le pays est épuisé par des transitions sans véritable engagement, des promesses sans délais précis et des accords détachés de la volonté populaire. Nous n’avons plus le temps de multiplier les scénarios; il est impératif de faire un choix clair et assumé, même s’il est imparfait, afin d’éviter un effondrement total.

L’histoire portera un jugement sévère sur ceux qui, à l’approche du 7 février, auront choisi l’indécision plutôt que la responsabilité.

Haïti ne cherche plus des sauveurs. Elle appelle à des réponses tangibles.

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