Sécurité/Insécurité

1 543 enfants rapatriés et 1 458 déplacés accompagnés : le lourd bilan 2025 de la Fondation Zanmi Timoun

1 543 enfants rapatriés et 1 458 déplacés accompagnés : le lourd bilan 2025 de la Fondation Zanmi Timoun

Port-au-Prince, 25 février 2026.- La Fondation Zanmi Timoun a présenté son rapport annuel 2025 lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi à Delmas, mettant en lumière l’ampleur des défis auxquels font face les enfants haïtiens dans un contexte de crise sécuritaire, sociale et humanitaire persistante.

Dès l’ouverture, Manoach Presna, responsable de programmes, a planté le décor d’une année marquée par « une crise multidimensionnelle caractérisée par l’insécurité généralisée, les déplacements forcés, la fermeture prolongée des écoles, l’insécurité alimentaire et les déportations massives ».

« Malgré ce contexte difficile, la Fondation Zanmi Timoun est restée mobilisée pour défendre, protéger et promouvoir les droits des enfants », a-t-il déclaré, soulignant les interventions réalisées notamment à Belladère (département du Centre), à Marchand-Dessalines (Artibonite) et dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

M. Presna a également insisté sur la rigueur méthodologique du rapport : exploitation des rapports narratifs et outils de suivi-évaluation internes, croisement des données pour garantir leur fiabilité, puis analyse et structuration des informations dans un langage accessible. « Il était essentiel de rendre compte de nos actions avec transparence et précision », a-t-il affirmé.

Prenant la parole à son tour, Besnard Félix, responsable du programme d’intervention et de réinsertion sociale, a décrit une situation préoccupante.

« L’accès aux soins de santé de base, vaccination, nutrition, est devenu un luxe pour de nombreuses familles », a-t-il déploré, évoquant la résurgence du choléra et l’aggravation de la malnutrition.

Il a également alerté sur la recrudescence des violences : violences sexuelles, enrôlement forcé dans les gangs, travail forcé. « Le système judiciaire peine encore à répondre efficacement aux problématiques spécifiques liées aux enfants », a-t-il ajouté.

Autre préoccupation majeure : le droit à l’identité. Selon M. Félix, de nombreux enfants ne sont pas enregistrés à l’état civil, une situation aggravée par les déplacements forcés ayant entraîné la perte de documents officiels.

À Belladère, plus de 950 enfants vulnérables ont été identifiés et enregistrés. Environ 140 enfants déplacés internes ont également été recensés dans la commune. L’organisation a assuré un accompagnement individuel pour des cas spécifiques, notamment des victimes de violences basées sur le genre, et mis en place des mécanismes communautaires de protection.

Sur le plan psychosocial, 1 458 enfants déplacés internes ont bénéficié d’un accompagnement, incluant des séances individuelles et de groupe, des activités récréatives et psychoéducatives, ainsi que des groupes de parole pour enfants et parents.

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En matière de réunification familiale, 1 543 enfants non accompagnés rapatriés de la République dominicaine, principalement via Belladère, ont été pris en charge dans le centre de transit de la Fondation. Parmi eux, 1 157 garçons et 386 filles ont bénéficié d’un encadrement.

Par ailleurs, 368 parents ont participé à des séances de sensibilisation sur la protection de l’enfance, et 92 enfants (72 à Port-au-Prince et 20 dans l’Artibonite) ont reçu un appui scolaire incluant des kits éducatifs.

« Nos interventions visaient à offrir un espace de répit et de protection dans un environnement marqué par l’instabilité », a résumé M. Félix.

Clôturant la conférence, Obeda Avenard, responsable de l’axe genre et redevabilité, a dressé les perspectives pour 2026.

« La dégradation continue des conditions socioéconomiques transforme les sites de déplacés en véritables zones de concentration où les droits des enfants sont quotidiennement bafoués », a-t-elle averti.

Pour 2026, la Fondation entend orienter son action autour de trois axes stratégiques :

1. Renforcer les mécanismes de protection et prévenir toutes les formes de violence, notamment les violences sexuelles.

2. Développer l’autonomisation communautaire, en renforçant les capacités des organisations locales dans la promotion des droits de l’enfant.

3. Intensifier le plaidoyer auprès de l’État, afin d’améliorer les politiques publiques en faveur des enfants.

Mme Avenard a formulé plusieurs recommandations, appelant l’État haïtien à rendre pleinement fonctionnel le système national de protection de l’enfance, à appliquer les lois relatives à l’adoption, à la lutte contre les violences et aux châtiments corporels, et à renforcer l’accès aux services sociaux de base — santé, éducation, justice et protection sociale.

Elle a également plaidé pour l’établissement d’un véritable système de sécurité sociale et la création d’espaces récréatifs pour favoriser le développement physique et psychologique des enfants.

« L’État doit assumer pleinement ses responsabilités pour garantir le bien-être et le développement intégral de chaque enfant, quelle que soit sa condition sociale », a-t-elle insisté.

À travers ce rapport 2025, la Fondation Zanmi Timoun dresse un constat sans complaisance sur la situation des enfants en Haïti, tout en réaffirmant son engagement à agir. Dans un pays où les droits fondamentaux des plus jeunes restent fragiles, l’organisation appelle à une mobilisation accrue des autorités publiques, des partenaires et de la société civile pour éviter qu’une génération entière ne soit durablement compromise.

Rédaction Réalité Info

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